biographie

Michel Sardou, Interview par Eric Jean-Jean chez RTL le 10 mai 2010



Eric Jean-Jean : Bonjour Michel Sardou

Michel Sardou : Bonjour comment vas-tu ?

EJJ : Ecoute je suis ravi de te retrouver comme chanteur car les dernière fois tu Ă©tais sur les planches avec ton fils…

Et là tu me disais avant qu’on commence cet entretien  que l’album s’était fait très vite ?

MS : Oui ce qui est très bon signe. J’ai fait 15 textes en 11 jours, ça venait comme ça … Tu sais quand tu te fatigues sur une chanson, au bout d’un moment tu commences Ă  la truquer pour en finir et ce n’est pas bien… Tandis que lĂ , pour cet album, ça venait tout seul.

EJJ : Alors il y a quelques grands thèmes qui reviennent dans ce nouvel album. Commençons déjà par cette « femme des années 2010 ».

MS : Oui, c’est la même chanson qu’en 80 mais avec d’autres paroles.

EJJ : C’est ainsi qu’est né l’album ?

MS : non, l’album est venu après. Pour ce titre je me suis dis « voilĂ  ce qu’elles ont voulu dans les annĂ©es 80. Aujourd’hui est-ce qu’elles l’ont eu ? est ce qu’elles sont déçues ? ou alors heureuses ? … Bon je ne l’ai pas fait en Ă©tant trop sĂ©rieux, c’est mĂŞme plutĂ´t une chanson joyeuse, rien de mĂ©chant, quelques petites vannes car je ne peux pas m’empĂŞcher d’être provoc..

EJJ : C’est vrai, ce portrait est dur, « à la Sardou », mais au final cela reste plutĂ´t touchant…

(…)

Il y a de jolis portraits de femmes dans cet album, donc cette « femme des années 2010 », qui d’ailleurs a été remixé version dance ?

MS : Oui c’est LW qui l’a remixé.

Je lui ai demandé quelque chose de très important pour moi : je lui ai demandé de s’amuser.

Cette chanson tout le monde la connait, donc il fallait s’amuser, mais pas la déformer, il ne faut pas toucher le mélodie, les gens doivent s’y retrouver.

Je suis très content du résultat. LW bossait de Miami, il m’envoyait les fichiers par internet.

EJJ : Revenons à ce portrait de femme avec le titre « Elle vit toute seule »

MS : Ah oui ! Ça c’est une vieille idĂ©e. Pour certaines femmes, beaucoup je trouve, enfin de ce que j ai observĂ©, elles ont perdu leur mari, elles ont divorcĂ© … et tout d’ un coup elles sont dĂ©connectĂ©es, on ne les appelle plus, on ne les invite plus …. Tu les vois seules, elles ne sont pas tristes mais il y a un dĂ©crochage. C’est pour cela que j’ai voulu une mĂ©lodie gaie.

EJJ : Autre portrait de femme avec  « Chacun sa vérité ». Tu parles de quelqu’un que tu as connu ?

MS : Oui j’étais Ă  la terrasse d’un restaurant, et je tombe sur une femme que je n’avais pas vue depuis 25 ans, depuis mariĂ©e avec des enfants. Et Ă  ma droite deux autres Ă©pouses en train de la dĂ©visager… Elles ont chacune leur vĂ©ritĂ©, et ça j’ai voulu en faire une chanson.

EJJ : Et une femme qui a pris un homme « parce qu’il faut vivre » ?

MS : C’est mĂ©chant mais c’est souvent vrai…

EJJ : Et une chanson intéressante « Et puis après ». Tu parles de la passion, de la folie entre deux êtres ?

MS : Oui. J’avais essayĂ© avec « Je vais t’aimer » dĂ©jĂ . Mais pour celle-ci pas d’explication philosophique Ă  aller chercher, je parle juste du plaisir physique qui t’amène au sommeil. Le plus beau des repos en somme…

EJJ : Et cette chanson qui nous emmène à Rio ?

MS : Je l’ai faite trois fois, sous plusieurs formes. J’ai toujours trouvé les carnavals décadents. Il y a la fête, mais aussi le côté glauque.

J’ai demandé à Daran de faire la musique car je sais qu’il est à l’opposé de la bossa nova. C’est l’autre facette.

EJJ : Après il y a une belle chanson pop sur l’amour « Ca viendra forcément ».

Tu évoquais Daran mais il faut aussi évoquer Jacques Vénéruso.

Il y a une tonalitĂ© pop rock très affirmĂ©e sur cet album avec des guitares Ă©lectriques par exemple…

MS : Oui cela vient de Jacques et Daran. On se connaissait bien déjà depuis les précédents albums, mais là je leur ai laissé une grande latitude car ils n’ont besoin de personne. Ils amènent leur personnalité à la mienne tout en restant cohérents, mais n’ont pas peur d’oser.

Dans ce disque il y a une couleur, une cohĂ©rence. Travailler avec eux a Ă©tĂ© formidable. Tu n’arrives pas juste comme un chanteur vedette derrière ton micro, tu travailles vraiment avec eux, sur les tons….

EJJ : Ils ont du se régaler, ta voix est encore là !

Rires (…)

EJJ : Je voudrais qu’on parle d’autres chansons importantes, à mon goût.

MS : Je vois tout à fait. Ce sont celles que j’appelle des chansons de scène. Ma démarche quand je fais un album c’est de faire le maximum de bonnes chansons.

Mais au milieu, en faire une ou deux moins évidentes, qui ne vont pas passer à la radio par exemple mais qui au contraire feront un tabac sur scène !

EJJ : Oui je comprends. Je miserais sur trois, prend par exemple « Rebelle ». Elle dénote un peu, « Rebelle » et pour cause elle a été faite par Barbelivien au niveau de la musique, c’est la seule d’ailleurs sur cet album, et elle te va bien. Tu parles d’une jeune fille à qui tu dis que le plus important c’est de rester fidele à ce que tu es, c’est à dire « rebelle ».

A qui t’adresses-tu ?

MS : C’est Didier (Barbelivien) qui m a donné l’idée. J’aime beaucoup les enfants et quand ils grandissent, souvent la seule façon qu’ils ont de se positionner c’est d’être rebelle.

Tu sais si à 20 ans tu ne veux rien changer au monde, c’est que tu es déjà vieux !

EJJ : Autre chanson : « Lequel sommes-nous ».

MS : Je fais toujours une chanson décalée dans mes disques !!!

C’est un peu un hommage Ă  la chanson de Brassens « quand on est con »….

EJJ : Et « L’humaine différence » ?

Le thème de la violence…

MS : Regarde le monde autour de toi…. on est toujours en guerre. Les animaux eux, se battent pour se nourrir, ensuite ils arrĂŞtent quand ils n’ont plus faim. Nous non, c’est ça « L’humaine diffĂ©rence ».

Cette chanson est venue en lisant les journaux, en Ă©coutant la radio…Un jour on se dit « mais ça ne s’arrĂŞtera jamais » ….

EJJ : Et enfin « Voler » …..

Evidemment l’aviation…

(….)

MS : Oui quand on est dans la cabine c’est une perspective diffĂ©rente. C’est magnifique. Mais après tu dois redescendre et c’est bien ça le drame…

EJJ : Parles-nous de la pochette ? C’est une illustration je crois…

MS : Oui, j’étais dans ma classe de pilote, et il y avait une lithographie avec une pin-up accrochée. Le dessinateur était Romain Hugault.

Je me suis dis, pourquoi ne pas l’appeler pour la pochette et les illustrations des titres ?

Ça fait 20 ans que je fais la gueule sur les pochettes donc pour une fois cela changera !

(Rire)…